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Russie, géopolitique, orient , eurasie

Walid al-Mouallem, le chef de la diplomatie syrienne...

... et Nabil al-Arabi, secrétaire général de la Ligue arabe : trouver une issue "honorable" pour les deux parties ?

 

 C’est le ministre syrien des Affaires étrangères Walid al-Mouallem qui a formulé la position de son pays dans une lettre adressée au secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil al-Arabi.

« Nous attendons la réponse de la Ligue arabe, et que toutes les décisions prises par la Ligue en l’absence de la Syrie soit annulées » a commenté lundi 5 décembre le porte-parole du ministère, Jihad Makdissi.


Sauver la, ou les faces

Pourquoi Damas a-t-il finalement, et in extremis, déféré aux demandes de la Ligue, sachant ce qu’on sait, et ce que le gouvernement syrien sait, de la mauvaise foi de ses interlocuteurs ?

On a dit ici que de toutes les sanctions s’étant abattues sur la Syrie, celles de la Ligue arabe étaient les moins susceptibles de causer un dommage effectif au pays.

Parce que plusieurs de ses membres, comme l’Irak, le Liban et, tout récemment, la Jordanie, refusent de les appliquer. Et que la Syrie peut causer des dommages aux intérêts commerciaux de nombre de pays arabes, notamment ceux du Golfe, dont une partie des échanges avec la Turquie ou le Liban transite par la force des choses par le territoire syrien.

On sait que les dernières négociations entre la Syrie et la direction de la Ligue avaient notamment achoppé sur la question des observateurs arabes dépêchés dans les différentes régions du pays. Damas réclamait d’être tenu au courant des déplacements de ces 500 observateurs. Pour des raisons de sécurité, officiellement.

Mais certainement aussi parce que la neutralité, l’impartialité, l’honnêteté de ces enquêteurs rétribués par la Ligue posent question.

Damas n’a sans doute pas envie que ces homme et ces femmes deviennent autant de reporters d’al-Jazeera et d’al-Arabiya, privilégiant systématiquement le point de vue de l’opposition, et mettant une nouvelle fois le gouvernement en position d’accusé.

C’est à se demander si dans cette confrontation entre le pouvoir syrien et la Ligue arabe à direction et inspiration pétro-monarchique, on n’est pas dans le registre du « retenez-moi ou je fais un malheur ».

Damas veut, malgré tout, aux yeux du monde arabe sinon du monde entier, montrer une bonne volonté formelle, tout en sauvant la face, par cette acceptation, à la dernière minute, des exigences de la Ligue.

Celle-ci, de son côté, veut peut-être se donner une porte de sortie honorable, en se contentant d’une mesure symbolique qui la dispenserait de s’engager d’avantage sur un dossier sur lequel elle n’a pas de prise effective, qu’il s’agisse du régime ou de ses opposants armés.

 

La Ligue aura ainsi fait les effets de manche diplomatiques que l’Occident exigeait, se donnant par la même occasion une esquisse de crédibilité internationale, bien pâlie ces dernières années. L’opération semblant bonne surtout pour le Qatar, meneur de jeu et en veine d’activisme diplomatique, depuis l’épisode libyen.

De toute façon, la Ligue a bien d’autres chats arabes à fouetter : la situation en Libye, en Egypte, au Yémen est pour le moins évolutive, et des « craquements » se font entendre du côté du Golfe (voir notre article « Le deuxième printemps arabe en avance dans le Golfe », mis en ligne le 29 novembre).

Nous verrons si la Ligue accepte la main tendue par Damas et si oui, comment s’opérera le déploiement de ces fameux « observateurs » arabes. Et enfin si ceux-ci accepteront de voir la réalité – des groupes armés – en face. Peut-être le gouvernement syrien pense-t-il que ces 500 hommes et femmes ne parleront pas d’une seule voix hostile.

Et que la Ligue sera de fait obligée de reconnaître la vérité sur la « violence » et la « répression » en Syrie, et de mettre « de l’eau dans son thé ». Otant ainsi aux Euro-américains des arguments.

C’est un pari. Espérons qu’il sera gagnant.

La conférence de presse du porte-parole de la diplomatie syrienne

Par Louis Denghien,

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