le 11 octobre, 2012 dans International
Maliennes, Maliens, retenez votre souffle et surtout, ne lâchez pas prise, le Machin arrive à la rescousse ! Sonnez hautbois, résonnez trompettes, voici l’ONU et ses résolutions aux petits bras musclés ! Et c’est la France qui est à la manœuvre, avec une résolution devant être présentée prochainement au Conseil de sécurité à New York.
Une résolution à caractère «politique», pour donner l’illusion d’une approche négociée, et qui prépare en fait une autre résolution, bien entendu militaire, qui s’imposera d’elle-même quand la première aura fait son temps.
Le récent rétropédalage du MNLA (Mouvement de libération nationale de l’Azawad), pour énorme qu’il soit, fait écho à la perspective onusienne. Dispersés façon puzzle par le souffle djihadiste dans leur septentrion natal, les Touaregs n’avaient plus d’autre choix que de se soumettre à l’Empire.
C’est désormais chose faite, avec l’abandon de la revendication d’indépendance de l’Azawad, revue et corrigée en principe d’ «auto-détermination» qui ne fâchera personne. Au Sahel aussi, il y a des girouettes ! Et quand il faudra aller taquiner les enturbannés coupeurs de paluches, les hommes bleus iront verser un peu de sang dans le sable, ça fait partie du deal de soumission.
Si l’on s’agite à New York, c’est un peu avec l’espoir de mettre un coup de pression sur la Cédéao (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest), pour qu’elle accélère le mouvement.
Ou, tout au moins, qu’elle l’initie ! Il n’y a toujours pas de plan militaire pour une future opération dans le nord du Mali, rien n’est prêt, personne ne sait qui composera la force, ni qui la financera… On a connu, dans un passé récent, le petit Alassane, président en exercice de la Cédéao, plus prompt à mobiliser les énergies étrangères. Mais le Sahel n’est pas la lagune…
Une première résolution 2056 qui prétendait énoncer le cadre d’une solution politique globale au Mali a été adoptée en juillet à l’ONU. Un flop logiquement appelé à se reproduire avec la prochaine résolution. A peine annoncée, elle a déjà du plomb dans l’aile. Pas toujours très causant, un peu le genre taiseux qui n’en fait qu’à sa tête, l’ami algérien a fini par sortir du bois !
Histoire de remettre à l’heure quelques pendules diplomatiques, l’Algérie s’est rappelée au bon souvenir de tous. D’abord, en abritant récemment, à Alger, des échanges entre une délégation du mouvement Ansar Dine et une délégation malienne de haut niveau, pile au moment où le Premier ministre malien Cheick Modibo Diarra se laissait pousser des accents bellicistes, en implorant une intervention internationale. Beau sens de la synchronisation.
Puis, à l’occasion d’une tournée sahélienne du ministre algérien délégué aux Affaires africaines, ce dernier a eu le bon goût, lors de son étape malienne, de ne pas rencontrer les émissaires de la Cédéao. Malins, les Algériens arrivent sans apporter de solution particulière, si ce n’est, pour ceux qui n’auraient pas compris, que rien ne se fera sans eux.
D’ailleurs, toutes les rébellions touaregs ont vu intervenir l’Algérie dans leur règlement depuis les trente dernières années. Il n’y a que les clercs mal éduqués de l’Empire pour ne pas le savoir…
Et pendant ce temps, à Bamako, une fois que l’on a passé les bornes, il n’y a décidément plus de limites. Le capitaine Sanogo, chef de la junte militaire des bérets verts à l’origine du coup d’Etat du 22 mars, vient de se voir officiellement installé comme président d’un bidule intitulé «Comité militaire de suivi de la réforme des forces de défense et de sécurité». Une mauvaise nouvelle pour les épouses des 21 bérets rouges du camp de Djicoroni.
Leurs maris ont disparu après avoir été «arrêtés» par des éléments de la junte. Elles ne sont pas prêtes de les revoir. Mais avant de savoir où se localise le charnier dans lequel ils seront retrouvés, les familles des quelque 70 bérets rouges actuellement derrière les barreaux restent aussi sans nouvelles de leurs proches incarcérés arbitrairement, alors qu’aucune charge n’a été retenue contre eux.
Et pour compléter ce joli tableau, il convient de ne pas omettre de mentionner le silence assourdissant de la diaspora malienne, sur laquelle il ne faudra visiblement pas compter pour quoi que ce soit d’autre que son indifférence la plus banale. «Unlucky», hein, comme ils disent les autres…
Nico Ramirez